Comment créer un pitch deck de startup qui convainc vraiment ?

Vous avez passé trois ans en R&D. Votre technologie fonctionne, vos premiers pilotes sont concluants, votre équipe est solide. Vous présentez enfin votre pitch deck à un fonds.
Silence.
Ou pire : un “Merci, on revient vers vous“… qui ne revient jamais.
Dans ce genre de situation, le problème n’est presque jamais le projet. C’est le pitch deck. 40 slides denses, un schéma d’architecture en slide 4 et nulle part une phrase qu’un non-initié pourrait répéter à son associé le soir même.
Un pitch deck de startup, c’est une présentation courte (10 à 15 slides) qui raconte pourquoi votre entreprise existe, ce qu’elle résout, comment elle gagne de l’argent et pourquoi c’est le moment d’y investir. Son but n’est pas de convaincre à lui seul, mais de déclencher la suite : un rendez-vous, une due diligence.
Que mettre dedans, dans quel ordre ? Comment expliquer une technologie complexe sans la trahir ? Comment construire un storytelling qui tienne dix minutes ?
Dans cet article, on répond à ces questions spécifiquement pour les start-ups que nous avons coutume d’accompagner (deeptech, aéro, greentech, biotech, medtech…), pour qui le pitch deck est d’abord un exercice de traduction.
Pitch deck : c’est quoi, et à quoi ça sert vraiment ?
Un pitch deck est une présentation synthétique de 10 à 15 slides qui expose à un investisseur :
- le problème qu’une startup résout ;
- sa solution ;
- son marché ;
- son modèle économique ;
- sa traction ;
- son équipe ;
- les financements recherchés.
Ce n’est ni un business plan, ni une plaquette commerciale, ni un dossier technique.
Les trois rôles d’un pitch deck
- Susciter l’intérêt en quelques minutes.
- Raconter une histoire cohérente : d’où vient le problème ? pourquoi personne ne l’a résolu ? pourquoi vous ? pourquoi maintenant ?
- Déclencher l’étape suivante : un rendez-vous, une demande de data room, une due diligence, etc.
Un pitch deck qui essaie de tout prouver échoue. Un bon deck laisse des questions ouvertes, volontairement, pour qu’on ait envie de vous les poser.
Pitch deck, business plan, executive summary : ne les confondez pas
| Document | À quoi ça sert | Longueur | Qui le lit |
|---|---|---|---|
| Pitch deck | Donner envie et obtenir un rendez-vous | 10-15 slides | Réseau d’investisseurs, jurys, partenaires |
| Executive summary | Résumer le projet en une page pour un premier contact | 1-2 pages | Analystes, business angels |
| Business plan | Détailler la stratégie, le business-model et les hypothèses financières | 20-40 pages | Banque, Bpi france, due diligence, incubateur, accélérateur |
| Sales deck | Vendre le produit à un client | 8-12 slides | Prospects, acheteurs |
Deck de lecture ou deck de présentation ?
Le deck envoyé par e-mail doit être auto-suffisant : un peu plus de texte, des chiffres sourcés. Le deck projeté est plus visuel, avec le fondateur qui raconte. Préparez les deux à partir du même fil narratif.
Un outil qui dépasse les levées de fonds
On associe souvent le pitch deck aux VC mais dans une startup innovante, il peut aussi à convaincre un grand groupe de lancer un pilote, à candidater à un programme d’accompagnement, à recruter un directeur scientifique ou à aligner l’équipe fondatrice sur une même histoire.
Un deck bien construit devient un document de référence. Parfois, il peut même s’agir de la version condensée de votre plateforme de marque ou les fondations de cette dernière, si elle est créée dans un second temps.
Pourquoi le pitch deck d’une startup innovante est plus difficile à réussir ?
Les guides classiques à la création d’un pitch deck partent d’un postulat : le produit est compréhensible en une phrase. Malheureusement, ce postulat ne tient jamais pour une deeptech, une medtech ou une startup industrielle.
L’obstacle de l’intelligibilité
Le premier lecteur de votre deck est rarement un spécialiste de votre secteur. Il ne connaît ni la photonique sur silicium, ni les dispositifs médicaux de classe III. S’il ne comprend pas ce que vous faites en 30 secondes, il passe au deck suivant.
Mais les fonds d’investissement ont aussi des expert technique. Lui détecte immédiatement une simplification abusive et il décroche tout aussi vite si elle va trop loin.
Le pitch deck d’une startup innovante n’a pas pour mission de simplifier. Il a pour mission de traduire, ce qui suppose de rester fidèle à l’original.
L’obstacle du marché immature
La plupart des startups innovantes résolvent un problème que le marché n’a pas encore nommé. Vous ne pouvez pas dire “nous sommes meilleurs que X” : il faut d’abord établir que le problème existe, qu’il coûte cher, et que rien ne le résout aujourd’hui.
C’est pourquoi la slide “Problème” d’une deeptech est souvent la plus importante du deck et la plus difficile à écrire.
L’obstacle du temps long
Un SaaS montre sa traction avec un MRR. Une medtech ou une startup spatiale n’en ont pas avant plusieurs années. Leur traction s’appelle lettre d’intention, pilote industriel, brevet, validation clinique, publication.
Ces preuves sont réelles, mais elles ne se lisent pas comme une courbe de revenus. Votre pitch deck doit apprendre à l’investisseur à les lire.
Un exemple : trois façons de dire la même chose
Imaginez une startup qui développe un capteur quantique pour la détection de défauts dans les structures aéronautiques.
- “Nous développons un magnétomètre à centres NV en diamant pour le contrôle non destructif.”
Oui, c’est exact. Mais illisible pour 95 % des lecteurs. - “Nous rendons les avions plus sûrs grâce au quantique.”
C’est facilement accessible. C’est aussi vide et indifférenciable. - “Nous détectons les microfissures dans les pièces d’avion avant qu’elles ne deviennent visibles, sans démonter l’appareil.”
Le bénéfice est concret, la rupture est claire, l’expert reconnaît son sujet. Bingpot.
La troisième formulation n’est pas une phrase plus sympa. C’est le résultat d’un travail de traduction qui doit précéder l’ouverture de PowerPoint.
Un pitch deck repose sur une marque claire
La plupart des entrepreneurs avec lesquels nous avons travaillé sur un pitch deck ont commencé par ouvrir un template et remplir les cases. Résultat : un deck complet dans lequel la slide “Problème” et la slide “Vision” ne racontent pas la même entreprise.
Un pitch deck qui convainc est la version 10 minutes de votre plateforme de marque. Avant de le construire, vous devez répondre en une phrase à trois questions :
- Pourquoi votre entreprise existe-t-elle ? C’est votre mission, formulée sans jargon.
- Quelle place occupez-vous sur le marché, et contre qui ? C’est votre positionnement.
- Qu’est-ce que vous promettez, concrètement, à qui ? C’est votre promesse.
Le test de la phrase unique
Écrivez ce que fait votre entreprise en moins de 20 mots.
Lisez-la à quelqu’un qui ne connaît pas votre secteur et demandez-lui de la reformuler.
S’il n’y parvient pas, votre deck n’est pas prêt, quelle que soit la qualité de vos slides.
Adapter le message à l’audience
Un VC généraliste cherche la taille du marché. Un fonds d’investissement cherche la profondeur technique et la propriété intellectuelle. Un corporate cherche l’intégration dans sa chaîne de valeur.
Vous devez raconter la même histoire mais avec des preuves différentes.
Définir vos personas d’investisseurs vous permet de préparer une version de base et deux ou trois variantes, plutôt qu’un deck unique qui ne satisfait personne.
Comment construire le storytelling de votre pitch deck ?
Tous les guides vous disent de faire du storytelling. Rares sont ceux qui expliquent comment. Voici une méthode que nous utilisons avec les startups innovantes que nous accompagnons.
1 – La tension
Vous ouvrez sur un problème précis, coûteux et non résolu. Pas sur votre entreprise, pas sur votre technologie. L’investisseur doit ressentir une gêne : “Comment se fait-il que ce problème existe encore ?”
Pour une deeptech, la tension est souvent industrielle. Par exemple, un procédé qui gaspille 40 % de matière, un diagnostic qui prend trois semaines, une maintenance qui immobilise une flotte.
2 – La rupture
Vous expliquez pourquoi le problème n’a jamais été résolu, puis ce qui change avec vous. C’est là que vitre technologie entre en scène, mais par son effet, jamais par son mécanisme.
Cette partie répond à une question : pourquoi maintenant ? Réglementation, maturité technologique, baisse de coût, rupture scientifique.
Sans “pourquoi maintenant“, l’investisseur se demande pourquoi personne ne l’a fait avant vous, et conclut souvent que c’est parce que ça ne marche pas.
3 – La preuve
Montrez que ça fonctionne : pilotes, résultats de tests, brevets, premiers contrats, lettres d’intention, publications, etc.
L’expert du fonds doit se dire “ils savent de quoi ils parlent” ; le généraliste, “d’autres y croient déjà“.
4 – La projection
Décrivez ce que devient l’entreprise avec ce financement. Ne parlez pas uniquement d’accélération ou de développement de l’entreprise. Soyez précis : jalons à 18 mois, marché atteignable, vision à 5 ans. L’histoire cesse de parler de vous et se met à parler de l’investisseur : ce qu’il gagne à monter dans le train maintenant.
Trouver l’accroche de votre pitch deck
La première slide décide de l’attention accordée aux quatorze suivantes. Trois exemples d’accroche :
- Le chiffre qui dérange : 30 % des pièces composites aéronautiques sont rebutées en fin de fabrication.
- L’anecdote terrain : En 2023, un opérateur de maintenance nous a montré une fissure qu’aucun de ses capteurs n’avait vue.
- La question : Pourquoi le diagnostic d’une infection prend-il encore 48 heures ?
Le héros de l’histoire n’est pas votre technologie
C’est l’erreur la plus fréquente chez les fondateurs issus de la recherche : le deck raconte l’aventure scientifique.
L’investisseur, lui, veut une histoire dont le héros est le problème qui disparaît et dont votre technologie est l’outil.
Exemple pour une startup medtech
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La structure d’un pitch deck de startup

Une fois le fil narratif posé, la structure se déduit presque d’elle-même. Voici les 12 slides obligatoires d’un pitch deck de startup innovante. En fonction de votre écosystème, de votre demande, de votre marché, etc. certaines peuvent (doivent) avoir plus de poids que d’autres.
C’est une base sur laquelle construire le pitch deck de votre start-up. Pas une solution prête à l’emploi.
Slide 1 : l’accroche
C’est la seule slide que tout le monde lira. Elle doit contenir votre nom et une phrase de 7 à 12 mots qui dit ce que vous faites et pour qui.
“Nous rendons l’industrie plus durable” ne dit rien. “Nous détectons les microfissures des pièces d’avion de lige sans démonter l’appareil” dit tout : le client, le problème, la rupture.
Si vous n’arrivez pas à écrire cette phrase, c’est le signe que votre positionnement n’est pas encore clair.
Slide 2 : le problème
Décrivez-le du point de vue d’un client et chiffrez-le : combien ça coûte ? Combien de fois par an ? À combien d’entreprises ?
Puis dites pourquoi les solutions actuelles ne le résolvent pas. Cette slide est la fondation de votre pitch deck.
Si l’investisseur ne comprend pas le problème ou ne le trouve pas assez grave, tout ce qui suit lui paraîtra inutile.
Slide 3 : la solution
L’investisseur doit voir immédiatement le lien entre la slide 2 et la slide 3 : voilà le problème, voilà comment il disparaît. Le fonctionnement technique viendra plus tard. Ici, une phrase et un visuel suffisent.
Dites ce que vous faites, formulé par le bénéfice pour le client, pas par le mécanisme.
Slide 4 : le produit ou la démonstration
Jusqu’ici, vous avez raconté. Maintenant, montrez.
Cela peut être une photo du prototype, une capture d’écran de l’interface, une vidéo de vingt secondes, un schéma de fonctionnement simplifié en trois étapes.
L’investisseur doit pouvoir visualiser l’objet, ce que le client voit et manipule. Pour une deeptech, c’est souvent la slide qui fait passer le projet du statut d’idée à celui de produit. C’est là où on montre le caractère innovant de la solution.
Slide 5 : pourquoi maintenant ?
C’est la slide que la plupart des decks oublient mais aussi l’une des plus importantes. Elle répond à une question que l’investisseur se pose en silence : si ce problème est si grave, pourquoi personne ne l’a résolu avant vous ?
Sans explication, il arrive rapidement à la conclusion que c’est parce que ça ne marche pas, ou parce que le marché n’en veut pas.
La réponse doit tenir dans un changement récent qui rend votre solution possible ou nécessaire aujourd’hui, comme :
- Une nouvelle réglementation qui impose un contrôle.
- Une technologie devenue mature ou abordable.
- Une baisse du coût d’un composant.
Slide 6 : la validation technique et les preuves
Spécifique aux startups tech : niveau de maturité technologique (TRL), résultats comparés aux solutions existantes, brevets, publications, pilotes en cours. Les investisseurs deeptech y consacrent une attention particulière pour évaluer la faisabilité d’un projet.
Soignez-la sans la laisser envahir le deck. Les détails vont en annexe.
Slide 7 : votre marché
Présentez votre marché (TAM, SAM, SOM). Construisez ces chiffres à partir du terrain, pas d’une étude sectorielle.
“Le marché pèse 50 milliards, nous en visons 1 %” n’impressionne plus personne.
“340 sites industriels en Europe, 120 k€ par site et par an, 40 déjà en discussion” donne un marché crédible et montre un chemin pour l’atteindre.
Slide 8 le modèle économique
Licence, vente d’équipement, abonnement, royalties, service… : montrez comment vous gagnez de l’argent, à quel prix, avec quel cycle de vente.
Slide 9 : la traction
Revenus, contrats signés, pilotes en cours, lettres d’intention (LOI) de clients qui s’engagent à acheter si le produit tient ses promesses…
Toutes ces preuves n’ont pas la même valeur. Classez-les de la plus forte à la plus faible. Mettez les preuves solides en haut de la slide et en grand ; les autres en bas, voire pas du tout.
Slide 10 : la concurrence et les barrières à l’entrée
Présentez vos concurrents sur un schéma avec deux axes comptant pour vos clients : coût d’installation, rendement, empreinte carbone, etc. Votre solution doit se situer dans un coin que personne d’autre n’occupe. Puis répondez à la question que l’investisseur se pose déjà : qu’est-ce qui empêche un concurrent mieux financé de vous copier dans dix-huit mois ?
C’est ce qu’on appelle les barrières à l’entrée.
Elles peuvent être un brevet, une licence exclusive ou un savoir-faire difficile à reconstituer, par exemple.
Slide 11 : l’équipe
Dans une start-up, il y a un point de vigilance que les investisseurs vérifient systématiquement : une équipe composée uniquement de chercheurs. Montrez qu’au moins une personne sait vendre, négocier avec un grand groupe ou piloter un développement commercial.
Ne listez pas le CV de chaque personne, donnez le lien direct entre son parcours et le projet : 15ans dans la maintenance aéronautique, une thèse sur le sujet précis de la technologie, un premier produit déjà lancé et vendu.
Ajoutez vos conseillers scientifiques ou industriels s’ils sont reconnus dans votre domaine : ils rassurent l’expert du fonds autant que votre prototype.
Slide 12 : la demande et l’utilisation des fonds
C’est la slide qui conclut l’histoire et la transforme en proposition. Elle doit contenir trois choses :
- Le montant exact que vous levez.
- Ce que ce montant finance réparti en trois ou quatre postes : industrialisation, recrutement de l’équipe commerciale, essai clinique, dépôt de brevets, etc.
- Les jalons que ce financement permet d’atteindre, avec une date. Par exemple, “4 M€ pour finaliser l’industrialisation et signer trois clients d’ici 2028“.
Terminez par une invitation claire à l’échange, pas par un « merci » et vos coordonnées perdues dans un coin.
| Pre-seed, seed ou série A ?
En pre-seed et seed, l’investisseur achète une équipe, un problème et une vision : les slides 2, 5, 6 et 11 portent le deck. À partir de la série A, il achète une capacité d’exécution prouvée : les slides comme les 8, 9 et 12 deviennent plus centrales. |
Design et forme : rendre un pitch deck lisible en 3 minutes
Une étude menée par DocSend avec Tom Eisenmann (Harvard Business School) sur 200 decks a établi que les investisseurs consacraient en moyenne 3 minutes et 44 secondes à une première lecture. Votre deck doit donc être compris en diagonale.
Les règles d’un pitch deck réussi
- La règle 10/20/30 de Guy Kawasaki : dix slides, vingt minutes, aucune police sous 30 points. Vous pouvez monter à 15 slides, pas à 40.
- Une idée par slide. Si une slide en contient deux, coupez-la.
- Des titres qui affirment : “Le marché du contrôle non destructif aéronautique atteint 2,1 Md€ en Europe” plutôt que “Marché“.
- Des visuels de votre technologie, pas des photos de stock.
- Les chiffres en grand, les sources en petit. Mais les sources sont là.
Une identité visuelle cohérente avec votre marque
Le deck est souvent le premier support que voit un investisseur. Une identité visuelle cohérente avec votre site et vos supports commerciaux envoie un signal de maturité que les porteurs de projet sous-estiment.
Un template aux couleurs par défaut dit l’inverse. Il dit : “Nous n’avons pas encore pensé à notre marque“. Ce n’est pas rédhibitoire en pre-seed mais ça le devient en série A.
Les 6 erreurs qui font échouer un pitch deck de startup innovante
Voici celles que nous rencontrons le plus souvent dans les pitch decks de nos clients.
Le deck de scientifique
C’est le deck qui veut tout prouver et tout expliquer : 40 slides, 6 schémas d’architecture, une slide “état de l’art”, les résultats de chaque campagne de tests. Il est rigoureux, exhaustif et personne ne le lit jusqu’au bout.
Ce deck vient souvent d’un réflexe légitime : un entrepreneur issu de la recherche a été formé à démontrer avant d’affirmer. Mais un investisseur ne lit pas un deck comme un comité de lecture. Il cherche d’abord à comprendre l’histoire, puis à vérifier qu’elle tient.
Le deck de vendeur
C’est l’inverse : des superlatifs, des promesses et aucune donnée pour les étayer. Le marché est immense, la technologie révolutionnaire, l’équipe exceptionnelle… et rien de tout cela n’est démontré.
Face à ce type de pitch deck, le généraliste du fonds s’ennuie et l’expert technique se méfie.
Il ferme le fichier à la slide 3, parce qu’il a appris que les superlatifs servent en général à masquer une absence de preuves. Pour une startup innovante, c’est le piège symétrique du précédent : en voulant compenser la complexité par l’enthousiasme, on perd exactement l’audience qui aurait pu apprécier la technologie.
L’absence de “pourquoi maintenant ?”
Le deck décrit un problème grave, une solution séduisante, un marché considérable mais il ne dit jamais pourquoi cette solution n’existait pas avant, ni ce qui a changé.
Votre investisseur se pose la question de lui-même. Et comme il n’a pas la réponse, il en trouve une : parce que ce n’est pas possible, ou parce que le marché n’en veut pas.
“Nous n’avons pas de concurrents”
Même si aucune entreprise ne fait exactement la même chose que vous, vous avez toujours des concurrents :
- la solution actuelle, même imparfaite, que le client utilise aujourd’hui ;
- l’inaction ;
- un acteur adjacent, mieux financé, qui pourrait pivoter.
Dire qu’ils n’existent pas signifie l’une de deux choses pour l’investisseur : soit vous ne connaissez pas votre marché, soit ce marché n’existe pas.
L’ask trop flou
“Nous cherchons entre 2 et 5 M€ selon les investisseurs.“
Cette phrase dit que le montant dépend de ce qu’on vous donnera, et donc que le plan s’adaptera à l’argent plutôt que l’inverse.
Un investisseur attend trois choses précises : un montant, ce qu’il finance et les jalons qu’il permet d’atteindre. Ces trois éléments prouvent que vous avez construit un plan à rebours, depuis l’objectif jusqu’au besoin.
Sans eux, vous n’avez pas un plan, vous avez un souhait.
Et personne ne finance un souhait.
Le pitch deck qui ne survit pas sans le fondateur
En rendez-vous, votre deck fonctionne : vous commentez chaque slide, vous répondez aux questions, vous comblez les vides. Mais ce n’est pas dans cette situation qu’il est lu la première fois.
Le premier lecteur est un associé qui l’ouvre seul, un mardi soir, entre deux autres decks, sans personne pour lui expliquer la slide 4. Si le deck n’est compréhensible qu’avec vos commentaires, il ne passera jamais ce filtre.
Testez-le : envoyez-le à quelqu’un qui ne connaît pas votre projet et demandez-lui de vous le raconter. Ce qu’il ne parvient pas à restituer, c’est ce qu’il faut réécrire.
Deux exemples de pitch decks de startups françaises
Les decks réellement publics sont rares. Deux fondateurs français ont fait le choix de la transparence et ils illustrent deux leçons directement transposables.
Alan : rendre désirable un secteur réglementé et austère

Le défi
En 2016, Alan devient le premier nouvel assureur santé agréé en France depuis 1986. Le secteur est technique, réglementé, dominé par des acteurs installés, et personne ne le trouve passionnant.
La réponse
Le deck de série A publié par Alan ne parle pas de garanties ni de taux de remboursement. Il raconte une expérience de santé simple et humaine, puis prouve la capacité d’exécution :
- un tour d’amorçage de 12 M€ (l’un des plus importants en France à l’époque) ;
- une équipe mêlant 40 ans d’expérience dans l’assurance et des ingénieurs venus de Facebook ou Withings ;
- une roadmap produit précise.
L’enseignement
Un secteur complexe et réglementé se pitche comme une deeptech : on reformule la catégorie (une relation à la santé, pas une mutuelle), puis on rassure sur la maîtrise technique et réglementaire.
La désirabilité d’abord, la crédibilité juste derrière.
Front : construire le récit sur la preuve

Le défi
Front, fondée à Paris par Mathilde Collin, s’attaque à un marché saturé : la messagerie professionnelle. Le produit est compréhensible mais la différenciation ne l’est pas.
La réponse
Le deck de série A, publié par la fondatrice sur Medium avec ses commentaires slide par slide, tient en une vingtaine de slides et a généré trois term sheets en dix jours. Ce qui a fonctionné, selon elle : les slides “land and expand” et efficacité capitalistique.
Ce qui n’a pas marché : la slide sur les canaux d’acquisition.
L’enseignement
Un deck n’est pas seulement jugé sur ce qu’il affirme mais sur ce qu’il prouve. Mathilde Collin disposait de beaucoup de données ; elle n’a gardé que celles qui servaient l’histoire.
Pour une startup innovante dont la traction est faite de pilotes et de lettres d’intention, la discipline est la même : hiérarchiser les preuves et savoir lesquelles résisteront à un interrogatoire.
Dans les deux cas, on a un fil narratif compréhensible sans le fondateur dans la pièce, une catégorie reformulée avant de s’y positionner et des preuves hiérarchisées plutôt qu’empilées.
En résumé
Un pitch deck de startup n’est pas un résumé de votre entreprise. C’est une histoire construite pour obtenir un rendez-vous.
Pour une startup innovante, la difficulté est double : il faut traduire une technologie sans la trahir et faire lire des preuves qui ne ressemblent pas à une courbe de revenus.
Cela implique de poser les bases de votre marque avant de créer votre pitch deck : personas, constat, mission, etc.
Si vous préparez une levée et que votre deck ressemble encore à une présentation technique, le premier pas n’est pas de refaire les slides. C’est d’écrire ce que vous faites.
Et si vous souhaitez un regard extérieur pour structurer votre récit et votre marque avant de rencontrer des investisseurs, StandOut accompagne les startups et entreprises innovantes précisément sur ce travail de traduction.
Questions fréquentes
Entre 10 et 15 slides pour le deck principal.
Une startup peut ajouter une annexe technique séparée (brevets, résultats détaillés, modèle financier) que l’investisseur consultera s’il est intéressé. Au-delà de 15 slides dans le corps du deck, l’attention commence à diminuer.
Avant le premier rendez-vous pour susciter l’intérêt et permettre à l’investisseur de préparer ses questions. Dans tous les cas, le deck envoyé doit être compréhensible sans vous.
Gardez le fil narratif (tension, rupture, preuve) mais changez le héros de l’histoire : le client en face de vous. Supprimez le marché et l’ask, ajoutez le cas d’usage, le retour sur investissement et les étapes de déploiement.
Le pitch deck sert à convaincre des investisseurs en capital, mais ce n’est qu’une source parmi d’autres.
Une startup qui porte un projet innovant finance généralement ses débuts en combinant plusieurs leviers :
- les fonds propres des fondateurs et de leurs proches (love money) :
- les prêts d’honneur des réseaux d’accompagnement, les aides et subventions publiques (Bpi france, France 2030, concours i-Nov, crédit d’impôt recherche) ;
- les business angels ;
- le crowdfunding (financement participatif) ;
- plus tard, les prêts bancaires adossés à une première levée.
Pour une deeptech ou une medtech, le financement non dilutif représente souvent la moitié des ressources des trois premières années. Le deck reste utile pour la plupart de ces interlocuteurs : un jury Bpifrance, une plateforme de crowdfunding ou un banquier lisent la même histoire, avec des preuves adaptées.


